Voyage en vélo en Amérique du Sud
En quittant Queimadas, j'ai presque l'impression de toucher au but, malgré les 120 km restant à parcourir pour rejoindre Cujupe et le ferry pour Sao Luis.
Depuis mon point de départ d'aujourd'hui, j' arrive sans encombre à Pinheiro.
Depuis hier, j'ai redécouvert la vertue des fruits. Il faut dire que dans les pays traversés jusqu'à présent, les fruits et légumes ne font pas forcément partie intégrante de la nourriture quotidienne.
Au Brésil, si l'on trouve plus facilement de la verdure dans les assiettes, le coût de ces denrées incite plutôt la population à consommer des produits moins chers (Ô riz, quand tu nous tiens).
Aussi, depuis que je reconsomme des fruits, mon rendement s'en fait ressentir.
Une banane, et le coup de pompe disparaît!
À Pinheiro, je refais le plein de bananes et d'oranges, et quand la patronne du petit commerce réalise que je voyage à vélo, elle n'hésite pas à m'offrir quelques fruits en plus, m'expliquant que ça ne sera pas de trop, étant donné la difficulté de la route pour rejoindre Cujupe.
Et effectivement, au fur et à mesure que la journée avance, les dénivelés s'accentuent, mais les efforts passés doivent faire leur effet.

Avec l'habitude et l'idée d'arriver prochainement, il n'y a rien qui me paraisse insurmontable.
Si bien que je dois interrompre ma journée à la tombée de la nuit, après presque 110 km parcourus.
J'aperçois une petite maison près la route, perdue au milieu de nul part.
Devant la maisonnée, un bonhomme attend je ne sais quoi, entouré de deux chiens.
Aucune hésitation possible, aucune autre maison aux alentours, je m'arrête et lui demande... de l'eau!
À peine revenu avec une bouteille d'eau fraîche, et alors qu'il m'aide à remplir ma gourde et mon kamelbak, je lui demande s'il est possible de m'installer chez lui.
L'homme accepte de suite, visiblement content de recevoir quelqu'un chez lui.
J'installe le vélo et la charrette dans une petite baraque en bois derrière la maison, et demande pour prendre une douche.

Je me retrouve au milieu de la forêt, avec un seau, et le puits pour alimenter en eau.
Le soir, nous mangeons le poisson pêché par Paolo, l'hôte, avec du riz, et j'en profite pour partager les quelques fruits qui me restent.
À noter que dans la maison, il n'y a pas l'eau courante, si bien qu'une bassine fait office d'évier, et un seau d'eau ramené du puits sert à alimenter, pour faire la cuisine, la vaisselle, etc...
Après le repas, je retrouve un grand classique brésilien, la telenovela.
Paolo s'installe devant la TV, et comme tous les brésiliens croisés jusqu'à présent, reste scotché devant le petit écran.
La scène paraît pourtant un rien décalée avec Paolo, qui vit de sa production de farinha, de la pêche, sans eau courante, dans une maison complètement paumée, et qui regarde, fasciné, les telenovelas.