2 septembre, départ de Belém.
Premier départ en vélo, depuis une grande ville, autant dire que je ne compte pas m'attarder, et l'objectif est de quitter la zone urbaine avant que la circulation devienne trop dense. À 5h30 du matin, Filipe (le fils de l´hôtelière) m'aide à descendre le matériel dans la rue, et l'aventure peut commencer. Durant la traversée de Belém, je commence à comprendre le fonctionnement de la charrette, l'équilibrage des poids, la fixation des sacs...
Sachant que selon la répartition du poids sur la charrette, je sens plus ou moins la charge embarquée, sans parler des sacs, qui, dès qu'ils bougent un peu, me gênent considérablement... Le périple jusqu'à Sao Luis s'annonce déjà compliqué.
Anamindeua dépassée, la route continue par Marituba.
Mais là, c'est le drame. Un bus touche la charrette, me laissant sur le bord de la route, -sans même s'arrêter- avec la roue gauche de la charrette pliée, et la roue arrière du vélo voilée. À peine le temps de reprendre mes esprits, qu'un 4x4 s' arrête, et un brésilien en descend, proposant de m'emmener chez un réparateur non loin d'ici. La décision est rapidement prise, et entre embarquer dans un 4x4 inconnu ou rester en rade au bord de la route, je décide de laisser faire mon instinct. je ne suis pas tout à fait confiant quand le bonhomme commence à partir au fin fond de Marituba, avant de finalement s'arrêter... devant une boutique de vélos. Silvio, l'homme au 4x4, m'aide à décharger le vélo et la charrette de la voiture, et après avoir discuté avec les gars de la boutique, m'explique qu'ils vont tout réparer. Deux heures ont passé, et quand Silvio revient avec son camion (il distribue des bidons d'eau dans la zone), le vélo est réparé et prêt pour repartir. Pour le remercier de son aide (il a en plus tenu à payer les réparations), je lui offre un verre, avant de reprendre la route.
Je quitte Marituba, avec pour point de mire Castanhal. Mais c'est compter sans les tracas qui semblent s'acharner sur moi aujourd'hui. Après environ 10 kilomètres, je suis de nouveau arrêté au bord de la route, pneu droit de la charrette en lambeaux. Je rejoins un restaurant en bord de route, perdu au milieu de nul part, et à peine arrivé, deux serveurs m'aident à mettre sur cale la charrette et à démonter la roue. Je suis alors bon pour effectuer plusieurs kilomètres à pied, pour trouver un autre pneu, du côté de Benevides, village le plus proche. Encore une fois , c'est compter sans ma bonne étoile, qui réapparaît en la personne de Silvio, passant dans le coin avec son camion, pour aller recharger ses bidons d'eau. Il me fait aussitôt signe de grimper à bord, pour m'emmener dans un magasin à Benevides. J'embarque dans son camion, contraint de laisser toutes mes affaires au restaurant... Après avoir un peu tourné dans Benevides, nous trouver un revendeur, et Silvio a la bonne idée de demander l'adresse d'un soudeur, pour me permettre d'y faire modifier l´axe des roues de la charrette (cause de l'usure prématurée du pneu et de la crevaison). Silvio me ramène finalement au restaurant, après m'avoir de nouveau été d'un immense secours. Le changement de pneu se fait rapidement, et après avoir remercié les serveurs qui m'ont aidé, et les clients qui ont proposé leur aide, je pars, direction Benevides.
Je préfère assurer, et après tant de problème en à peine 20 kilomètres, je fais changer le pneu gauche, légèrement endommagé lui aussi, avant de partir à la recherche de Santana, le soudeur. Renseigné par les habitants, je débarque chez le soudeur, émerveillé par le vélo et la charrette. En deux temps, trois mouvements, la charrette est débarrassée des sacs, et le travail commence (Il faut désouder les fourches qui fixent les roues au cadre de la charrette pour tout mettre dans le même axe, et m'éviter de nouveaux tracas). La charrette prête, je repars, décidé à avancer un peu aujourd'hui, après autant de problèmes... Tellement décidé à avancer que j'en oublie de trouver un endroit pour dormir, et à la tombée de la nuit, il faut se rendre à l'évidence, pas question de continuer de nuit, avec les cinglés qui circulent sur les routes. Je trouve un restaurant fermé en bord de route, avec autour, un terrain digne d'un jardin à l'anglaise. Après avoir eu l'autorisation de planter la tente, je m'installe, pas mécontent de pouvoir dormir un peu. La douche avec l'eau du puits, bien que peu commode, fait un bien fou, surtout après cette première journée aussi difficile physiquement, et surtout mentalement. Si le trajet en vélo est tout sauf une partie de plaisir, avec des montagnes russes tout le long, psychologiquement, je n'ai pas été loin de la rupture, réalisant à quel point transporter une charrette et plus de 35 kilos dessus était une folie...