Voyage en vélo en Amérique du Sud

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Buenaventura-Bahia Solano - Colombie

Mensonges et trahisons... (1)

 

Après la fameuse fable du meunier et des deux pâtissiers, voici la non moins formidable histoire de celui qui voulait se prendre juste l'espace de quelques jours pour le mythique Corto Maltese...

Tout commence pourtant dans une ville enfoncée dans les terres, à plusieurs dizaines de kilomètres des premières côtes, dans un pays qui fait rêver les voyageurs l'ayant déjà exploré, effrayant ceux qui n'y ont jamais mis les pieds, et qui vous affirmeront que ce n'est qu'enfer vert et drogue, sous le règne de guérilleros sanguinaires.

Tout commence donc à Cali, quand les routes de deux français se croisent, l'un breton, l'autre rhône-alpin.

Le premier ne rêve que de pêches, le second que d'aventures.

Pensant trouver leur bonheur dans les mêmes contrées, ils partent de concert, sur une côte réputée pour y être préservée, certes, mais au combien difficile d'accès.

Arrivés dans un port répondant au doux nom de Buenaventura, et même s'il n'y a effectivement que le nom qui soit vraiment charmant, le passage par ce port du Pacifique, plus grand port colombien de cette côte est un passage obligé pour eux...
     

Ils se mettent rapidement en quête d'un bateau, qui pourrait éventuellement les mener jusqu'à Nuqui, petit port dont ils n'ont entendu que du bien.

Le coin semble en effet paradisiaque.
Si la beauté des Nuqui, Termales et autres Bahia Solano égale les efforts pour y accéder, ils auront le paradis à portée de main se disent-ils.

Nos deux compères sont donc lancés à la recherche d'un cargo, susceptible de subvenir à leurs besoins. Ils s'imaginent déjà embarquer à bord de l'un de ces immenses navires qui mouillent l'ancre dans la baie de Buenaventura.

Après avoir pris des informations à droite et à gauche, ils sont finalement renvoyés vers une autre zone de la ville ou, paraît-il, ils trouveront ce qu'ils cherchent.

Arrivés sur place à la tombée de la nuit, voilà qu'ils se retrouvent maintenant escortés par un militaire, la zone étant apparemment peu propice à une visite de "Wasa" (nomination pour un étranger blanc à Madagascar, autre zone bien connue du breton), surtout de nuit. Ils doivent donc faire avec l'escorte, la pluie qui redouble d'intensité (il faut dire que cette partie de la Valle del Cauca est soumise à un rude climat, avec plus de 6 mètres de précipitations par an) et pour au bout du compte trouver porte close!

Ils rentrent donc bredouilles, en attendant le lendemain, et un peu plus de réussite, sans doute.

Levés de bonne heure par une employée de l'hôtel qui réclamait leurs passeports (le respect du client et de la vie privée est assez superflu par ici, les gens trouvent cela normal de tambouriner à la porte à 7h30, tout ça pour des photocopies...) et qui prit une belle volée de bois vert par la même occasion, nos deux français retournent au port.

Ils y découvrent le bateau à bord duquel ils vont pouvoir s'embarquer, et loin de l'idée qu'ils en avaient, ils découvrent le Siboney, un "cargo" d'à peine 20 mètres de long, et en bois ma bonne dame!

Bien conscients qu'ils ne trouveront guère mieux (dans le fond, ça reste toujours un bateau pensent-ils), ils ont la bonne surprise d'apprendre que le bateau quittera Buenaventura le jour même, durant l'après-midi ("Cien por ciento seguro").

Le temps d'aller manger un bout, récupérer les bagages, retourner au port, et nos deux compagnons s'imaginent déjà en mer!

C'est alors qu'au détour d'une rue, ils croisent Gaston, un hollandais déjà rencontré quelques jours auparavant à Cali.

Celui-ci voyage en couple, avec la belle Vered, elle aussi hollandaise.

Et alors qu'ils discutent, Gaston leur explique qu'ils attendent depuis deux jours, lui et Vered afin d'embarquer sur un bateau en partance pour Nuqui.

Seul hic, chaque jour qui passe, le même cirque se répète: on leur promet un départ imminent, et chaque jour, le départ est annulé pour une raison quelconque digne du "Mon chien Pilou est mort", ou "J'ai mal digéré la tarte au citron de ce midi".

Pas rassurés par l'expérience vécue par les deux hollandais, notre breton et notre lyonnais, puisqu'il s'agit d'un rhône-alpin de Lyon, se disent qu'il n'y a pas de raison de s'en faire, et que tôt ou tard, le Siboney mettra les voiles, ou plutôt lancera les machines, et tant qu'à faire, aujourd'hui même, tonnerre de Brest!

Toujours est-il que dorénavant, nos deux français ne voyagent plus à deux, mais à quatre, les deux hollandais s'étant ajoutés le plus naturellement du monde à la folle équipée.

Aux environs des trois heures de l'après-midi, nos quatre européens partent donc ensemble, à l'abordage du cargo-coquille-de-noix.

Ils arrivent sur le quai, motivés à l'idée de quitter enfin Buenaventura.

Seulement voilà, les locaux ne l'entendent pas de cette oreille, et annoncent, après quelques minutes de tergiversation, que le bateau partira bien, mais demain...à midi, certain à cent pour cent cette fois-ci...

Vered, Gaston, Jean-Marie et Guillaume, nos quatre voyageurs de fortune, n'ont plus qu'à prendre leur mal en patience.

Après tout, comme dirait notre breton, "S'il y a une solution, pourquoi s'inquiéter? S'il n'y a pas de solution, pourquoi s'inquiéter?" 

La soirée se fera donc encore à Buenaventura.

Deuxième nuit passée dans la ville, et tout le monde espère quitter le coin, et s'embarquer pour de bon...

Onze heures du matin, et comme un doute dans la tête de nos voyageurs, ils vont au port s'assurer que le Siboney part vraiment le jour même.

La réponse ne se fait pas attendre "Claro que si! A las doce, es seguro!"

Il semble que ce soit la bonne, le temps de boucler les affaires, et nos quatre marins en herbe débarquent sur le quai, bardés de tout leur équipement.

Les affaires sont chargées à bord, les comptes sont fait avec l'un des marins chargé des passagers.


Mais à midi, toujours pas de départ...

On annonce un problème, mais rien de plus ne filtre.

Les heures défilent, sans qu'une explication soit avancée. Aux jeux de cartes se succèdent les parties de billard, un peu plus loin dans un bar. Et tandis que les cadavres des bouteilles de bières s'entassent, les cendriers font le plein... Pas facile de tuer le temps quand l'attente est si longue.


Aux environs des 18 heures, plus personne n'y croit, et la nuit à bord s'annonce difficile.

Dame Chance pointe enfin le bout de son nez, et alors que les amarres sont retirées, la salle des machines commence à chauffer.

Les passagers du bateau sentent enfin l'embarcation bouger. Timidement, soit, mais après une telle attente, chaque mouvement semble annoncer le départ.

Le navire démarre enfin, le voilà parti pour un voyage d'un peu plus d'une journée?

À moins que... Encore un faux espoir! Ce vieux rafiot n'a fait qu'une manoeuvre pour aller se placer en tête de file des autres bateaux.

Il est 21 heures, et plus personne ne semble savoir ce qui se passe. Nos deux français, pour passer le temps, se lancent dans un récital sur le pont du bateau. Ils entonnent leur répertoire de chansons françaises, et "Les lacs du Connemara", "Couleur menthe à l'eau" ou "Les corons" résonnent dans la nuit colombienne.

Minuit, les machines toussent, démarrent. 

Enfin la délivrance, le périple peut commencer.
     


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C
les photos sont absolument magnifiques ,  les bagages c'est bien mais une photo te concernant cela me ferait plaisir et je te promets de la montrer à personne   citron
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G
<br /> Merci merci.<br /> Les bagages, c'est déjà un bon début! <br /> <br /> <br />
D
Vous ne connaissez donc pas la chanson "il était un petit navire qui n'avait ja-ja-jamais navigué ohé ohe" ?... 
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